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DjamelMermat

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Entre le Rêve et la Réalité... la Fiction

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HUMANITE SOLITAIRE

Cela faisait plusieurs jours que j'essayais d'échafauder une stratégie. L'idée m'était venue à une heure avancée de la nuit, à un moment où tu t'étais abandonnée dans les bras de ce Morphée que je ne connaissais pas mais dont tout le monde me parlait. Le dos tourné au mur de cette chambre, fausse acienda imitation pins des Landes, tu sombrais dans un sommeil de plomb. J'agitais la télécommande pour que la polarité positive-négative du boitier bleuté embrasse les piles suffisamment pour que le contact se fasse de manière ininterrompue. De canal en canal, lancinant, je traînais ma mine débonnaire et un ennui profond. Quand j'atterris soudain sur un programme fort distrayant et instructif : une double pénétration effectuée de main de maître (si je puis dire) par deux gaillards sans doute originaires du sud de Valence, car s'exprimant avec un fort accent paysan, mais dont les corps musclés se contractaient de tous leurs membres autour de l'oignon purgé d'une calabraise imperturbable. La comédienne, la vingtaine, était raide comme un piquée, tandis que deux vers luisants entraient et sortaient d'elle selon une cadence méditerranéenne. Je ne me sentais nullement concerné par la scène, que j'avais déjà vue mille fois, et exécutée en tant qu'acteur peut-être à huit reprises. Non, ce qui m'envoûtait c'était de plaquer ton visage, ma chérie, sur le corps de cette virtuose du X. Cela s'était déjà produit, mais jamais avec cette redoutable cruauté.

Le lendemain matin, je proposais qu'on se rende sur la berge la plus calme du port voisin de Barcelone. Nos congés s'annonçaient sous les meilleurs hospices, et une petite dégustation de fruits de Mer dans un des meilleurs restaurants de la côte aurait prolongé la rêverie d'un Bonheur parfait. Nous sommes restés à table jusqu'à ce que le soleil baigne dans l'eau des lagons et des criques environnants, et je payais l'addition en saisissant le cigare que m'offrait le garçon de table de l'établissement à titre de civilité. « Qu'aimerais-tu voir maintenant ? ». Derrière cette question innocente se profilaient tous mes fantasmes. « Je ne sais pas... tu as une idée ? ». La Ville de Barcelone recélait alors de cafés, de pubs, de boîtes dansantes et autres night-club. Je me figurais, non sans mal, que nous irions danser le flamenco, la salsa ou le paso doble. Tu as fait la moue lorsque je t'ai annoncé ma requête. En effet, ni toi ni moi n'étions des danseurs hors pairs, plutôt des casseurs de pieds pour nos partenaires d'un slow. Peu importe, l'amusement l'emporterait sur la technique, la joie sur la rigueur, et la sensualité sur l'esthétisme. Franchissant le seuil tapageur du « Pangloss » à vingt-deux heures trente, nous étions quasiment les premiers à nous élancer, sans rythme et à l'étroit dans nos habits de scène. Une assemblée concupiscente d'Espagnols mal lunés nous scrutait du coin de l'½il, alors que des allumeuses en jupe plissée se trémoussaient comme des folles autour de nous. Le spectacle pathétique de nos corps contrastés me laissa pantois. Il m'a fallu deux scotch on the rox, servis bien frais mais sans glace, pour me remettre de cette erreur de casting. Au bar, je voyais les hommes qui te lançaient quelques ½illades ou faisaient mine de descendre les mains jusqu'à leur entre-jambes. Aux gestes obscènes de ces primates, je préférais observer ta réaction nette : déguerpir de la piste de danse au premier attouchement louche, puis accourir vers moi pour me couvrir de baisers partout sur le visage. Tu accomplis le geste fictif de m'embrasser sur le sexe. Nous en avons ri. Il était l'heure de rentrer à la casa del sol. Minuit onze sonnait.
Parcourant les quelques marches pavées de la vieille ville jusqu'à l'antre de notre hôtel, je remarquais les attroupements de quatre à cinq personnes, mélangeant filles et garçons, de tous âges. Il n'était pas encore temps de dormir pour eux ; et pour nous ? Je me hâtais de te poser la question, voyant que la soirée t'avait plu : « tu aimerais prolonger cet instant ? Vivre un égarement à nul autre pareil ? ». En fait, au moment où tes yeux brillaient, je ne pensais suggérer qu'une vague expression désespérée du désir humain : celui de ne pas finir seul. Je vis dans la foule disparate deux garçons, malingres et hagards. Le genre geek ou dude du sud, bref le style « mal emmanché » et dont le bouchon n'avait sans doute pas l'occasion de sauter régulièrement. Cette rencontre serait à marquer pour eux d'une pierre blanche. Comme tu me signifiais du regard que tu étais prête à tenter éventuellement le coup, j'éclaircis le timbre de ma voix et te dévoilais l'abominable objet de mes préoccupations : « tu vois les gamins là-bas ? A peine 18 ans. J'ai bien envie de leur proposer de payer. Une somme symbolique naturellement. 50 ¤ chacun pour te voir te dénuder dans un coin peu passant. Ils auraient le droit de se toucher puis d'éjaculer sur le sol ». En un mouvement rapide, tes yeux m'ont sondé, d'un air presque horrifié, avant que tu n'éclates littéralement de rire. « Qu'en dis-tu ? ».

Deux éphèbes sans expérience, un rouquin et un blondinet, dévisageaient ton derche à l'annonce faite en Français d'une petite séance perverse de rue. Ils se voyaient déjà sans doute se tirer au maximum sur l'asticot afin d'en éprouver l'élasticité qu'ils supposaient à toute épreuve, jusqu'à l'éreintement des vaisseaux sanguins chargés de gérer les flux entre la racine du pénis et la pointe du gland. Leur frein se fissurerait. « Tu es malade, qu'est-ce qui t'arrive ? Tu es plus saoul que moi chéri ! ». A dire vrai, je me sentais en pleine possession de mes moyens physiques et de mes esprits. Je n'attendais que ton feu vert pour laisser entrevoir à ces jeunes mâles le mystère féminin gorgé de son propre liquide, illuminé dans sa splendeur inimitable par des néons pâles de voirie municipale. « N'y pense même pas, mon coco ! ». Quand je pense que des milliers d'hommes, de générations différentes, souvent laids, s'envolaient pour Ibiza à la belle saison, avec pour objectif ultime de détrousser une vulve ibérique gercée, que le spectacle même d'une pétasse bronzée jusqu'à l'os se pelotant négligemment les seins sous la douche rafraîchissante d'une cascade d'eau douce les faisait bander comme des ânes, je demeurais interloqué par ton manque d'initiative et surtout ton humeur frondeuse face à ce qui constituait aujourd'hui l'une des rares formes encore autorisées d'accomplissement de l'homme moderne.

Après des digressions stériles, car tu étais déjà convaincue au fond de toi, tu aguichas tellement les garçons, que le plus imberbe, en le retirant, tâcha son slip trop large pour son appareil génital, répandant sur la pièce en nylon échancré un fil d'Ariane translucide synonyme d'une jouissance doucereuse mais précoce. Je souris devant le bonheur qu'une imagination simple offrait parfois aux âmes pures.

Les choses sérieuses commencèrent quand tu déboutonnas ton chemiser en soie, en t'attardant avec délicatesse sur chaque ouverture où une attache était encore fixée dans son emplacement. Nos convives se palpaient les bourses, massaient leur canule regonflée par des visions fantasmagoriques, et s'appliquaient de courtes pressions sur l'aine afin d'en stimuler les échanges avec la prostate. Une fois que tu nous eus tourné le dos, tu pris un soin admirable à soulager celui-ci de l'élastique retenant ta jupe moulante. Par des glissades successives, tu fis tomber sur tes fesses, puis sur tes jambes, cette parure qui capturait il y a un instant cette inestimable partie de ton corps que ces deux inconnus avaient été prêts à payer pour en apprécier la symétrie. Une fois libérée de cette frontière pudique, les seins ballotant subrepticement dans ton petit haut grafé sous ton chemisier béant, tu fixais les adolescents au bord de l'apoplexie, qui n'en pouvaient plus de secouer leur poireau dans tous les sens, de faire circuler avec joie leurs testicules dans leur scrotum, plissant les yeux pour sonder chaque détail de cette scène qui deviendrait inoubliable pour eux. Tu les insultas dans la langue de leur mère, tu déversas sur leur amour propre des bordées d'injures que je n'oserais même pas répéter. Tu les congédias une dizaine de fois comme de vulgaires chiens errants qu'on chasse à coups de bâton, ils n'en étaient que plus intrigués et par conséquent excités. Leurs bites étaient prêtes à être dégoupillées pour une explosion sans retenue. Tu les traitas de « filio de putana », tu maudis leurs pères et leurs frères, mais au lieu de s'arrêter, ces clients d'un genre étrange, le cérébral déconnecté de l'organique, le corps assiégé par les émotions, continuèrent leur branlette jusqu'à atteindre le seuil d'un échauffement irritant pour leur peau. Se tenant pratiquement par les poignets, et alors que tu mimais des coups de langue en écartant tes cuisses fuselées comme on le ferait des tiges d'un compas, les apprentis bourrins propagèrent dans le scintillement du reflet lunaire les sécrétions d'une frustration à venir qui sur le moment pourtant ne pouvait être que toute-puissance. Ton visage s'irradie soudainement, tes yeux se fermèrent puis s'ouvrir, ravis, sur ce spectacle vivant de deux gosses se tirant sur la nouille en arrachant le crin de leur pilosité. Tu t'étais oubliée, eux également. En montant les marches d'un terre-plein qui mène à la basilique située dans le prolongement de l'artère comportant notre lieu de repos, je constatais que tes prétendants avaient vite fait de rehausser leurs pantalons, de réendosser leur veste, et de rebrousser chemin avant que leurs parents n'eurent l'idée de les chercher dans une ville livrée à ses pulsions. Accédant relativement tôt dans nos pénates, nous nous réveillerions peu avant midi pour partir en excursion sur les arpents d'une route bifurquant par Saragosse.    

Le matin de notre excursion, nous primes le car en face de la Mairie de Barcelone. Ton teint rose trahissait que tu étais encore émoustillée par notre petit jeu de la veille. Nous nous tenions la main, en attendant notre mode de transport. Nous avons grimpé dans l'antre desséché des entrailles d'un très vieux van de marque Volkswagen, bobos hippies en milieu de carrière expédiés en colonie de vacances à travers la Mancha. Au cours de ce voyage en car, et au-delà d'une promiscuité peu rassurante, je voyais se dessiner une nouvelle étape de notre éloignement amoureux. En effet, avant de gagner la desserte des bus ruraux, je proposais à la rugueuse troupe de nous attendre avant de se disperser. Le chauffeur, lunettes de soleil « gucci » vissées sur le front, laissait promener ses yeux baladeurs dans le rétroviseur, afin de capter ton attention ou d'entre-apercevoir tes genoux d'où perlaient des pertes de sueur. Quand il stoppa, nos compagnons de route te laissèrent la primauté de poser les orteils sur le sol moyen-âgeux de cette « pampa » sordide. Le plus avisé nous suivait immédiatement afin de reluquer ton cul serré dans une épaisseur de quelques millimètres de tissu. Tous considérèrent un monticule de gravas d'où ils pourraient bénéficier d'une position de surplomb. En bas de cet amoncellement de terre et d'éclats de silex, nous prendrions place toi et moi pour offrir à ce public exigeant une représentation exceptionnelle.

En effet, à la descente du bus, les gaillards s'empressèrent de gagner une place convenable sur une grille de départ fictive, en haut de la cime du « caillou » surplombant la vallée de la Muela. Survoltés à l'idée de foutrer la femme d'un autre, les moustachus enfileurs de sombreros s'enchâssèrent en rang d'oignon, donnant de la poussette avec l'arête des coudes, tout cela pour savoir qui aurait le droit de scruter un minuscule bout de chaire supplémentaire par rapport à ses congénères. Soudain, alors que l'assistance de ces six hommes s'abandonnait aux rayons du soleil leur brûlant l'épiderme du gland, l'un d'eux, venue de Toscane pour des vacances familiales avec Madame et leurs deux enfants, dévala dans un mouvement ample et unique l'étendue de la plaine rocheuse. En fait, trop penché vers l'avant, voûté et emporté par le désir irrépressible de se servir de son zgeg comme d'une lance à incendie, son poids l'emporta, le déséquilibra, ce qui l'entraîna dans un enchaînement de roulades aussi fulgurantes que pathétiques. Il arriva en bas en une fraction de secondes : violente. « Vraiment ! me disais-je, les hommes sont prêts à tout pour étancher un peu de leur soif de plaisirs. Pauvre Humanité en manque, tu es bien seule désormais ». Deux des voyageurs-branleurs descendirent à vive allure vers le point de chute de l'italien écorché sur les flancs et aux embouchures. Moins guidés par un altruisme forcené que mus par un calcul judicieux et opportun. Je le voyais, le descendant de Machiavel, qui pestait et pleurait la Madone. Parvenus en bas, ses bons samaritains, ces âmes charitables, pouvaient approcher de près ta plastique irréprochable et succomber à la tentation de persister à agiter leur anatomie, en rythme, et sans cesser leurs petits mouvements de bassin qui devraient les amener en quelques secondes à une plus haute estime d'eux-mêmes. Celui qui venait de chuter, ensanglanté, le visage recouvert de ronces sauvages, se releva pour s'unir à ses camarades. Même trépané, il n'aurait pu décoller ses doigts de son zob égratigné. En pinçant un pénis microscopique entre le pouce et l'index droits, il oubliait automatiquement les plaies, innombrables quoique superficielles, qui s'étaient formées à intervalles réguliers sur sa peau. Avec autorité, je leur fis signe de remonter. Je craignais les débordements, surtout dans un pays où je n'étais pas maître chez moi et où les autorités locales pouvaient davantage condamner notre geste (« incitation à la débauche ») qu'une quelconque dérive animale du public réuni pour l'occasion. Subitement, comme une pluie inattendue, je vis quelques fines gouttelettes d'une mixture suspecte qui traversaient le décor, suspendant leur trajectoire dans l'air calciné de cette région désertique, et dispensant autour d'eux une odeur âcre et insupportable, avant de venir s'échouer comme des algues flasques sur les pierres lourdes découpées dans la roche par les intempéries. Les trois gusses, abasourdis par tes déhanchements, les yeux convulsionnés par l'acharnement de leurs nerfs optiques à s'appesantir sur le délassement d'un minou à la teinte obscure fouillé par des doigts experts carrelés de vernis vermillon, saquèrent un grand coup sur leur queue pour en propulser de grumeleux et désordonnés tirs de semence. Comme le pommeau d'un arrosoir de douche, la tête de leur bite s'ouvrît suffisamment pour faire jaillir l'émulsion d'une fontaine permanente qui matérialisait aux mieux leur envie incommensurable de te posséder. Ils auraient signé leur arrêt de mort sans broncher pour une pénétration fugace mais voluptueuse, une enculade joyeuse, un fourrage de chatte jusqu'à l'étouffement. Aucun n'aurait refusé de te tanner la raie avec son burin, même si on lui aurait garantit qu'il serait ensuite enfermé jusqu'au terme de son existence dans un asile d'aliénés. Recevant sur ton bras une partie infime de l'hommage de ces  gentlemen bouseux, tu ne pus te retenir de clamer haut et fort : « les hommes sont tous des porcs ». Te tendant un mouchoir en papier, plié en quatre dans la poche avant de ma chemisette à manches courtes, je confirmais ton impression par ces mots : « et tu n'as encore rien vu ».

Bien que l'épisode du jour ne fût pas remémoré au dîner, je sentais bien qu'une cassure, indicible, s'était produite dans ton esprit. Par rapport aux Hommes en général, en relation à l'Amour inconditionnel que tu me portais jusque-là, ou au regarde de ta condition de Femme fidèle ? Je ne saurais le dire. Pour rompre avec ce cycle vicieux, je t'invitai à mettre le cap sur Salamanque, à changer intégralement de décor, d'environnement. Nous avions retrouvé un certain calme, une sérénité de couple, en nous installant longuement sur la jetée et en faisant provision de galets et autres crustacés de bord de Mer. Les flots et le ressac de celle-ci noyaient nos pensées dans d'innombrables méandres marins fracassées par les cris haletants de mouettes et le battement des ailes des vols planés des goélands perdus. Notre chambre d'hôtel, coquette, était bien trop grande pour nous. Nous avons laissé nos bagages combler un vide plutôt que de les consigner à la conciergerie du lieu. Nous n'évoquions plus les souvenirs fugaces de la veille pour ne songer qu'à demain, à des projets terriens, une maison de campagne en Auvergne ou dans l'Ain. J'observais, avec amusement, le ballet incessant des filles en fleur, courant dans le hall de l'hôtel, ou longeant les terrasses à la recherche d'une aventure sans suite. Ces épongeuses patentées prospectaient le secteur en s'enfournant un cornet de glace, à peine croqué, à travers la gorge. Les friandises et les sorbets disparaissaient dans leur gosier, effleurer leurs amygdales (lorsque celles-ci n'avaient pas été retirées), avant d'explorer leur trachée. Ils ressortaient dans leur cavité buccale en fondant sur le côté replet de leur nerf lingual. Leurs mandibules terminaient par concasser et ingurgiter les dépôts qui se promenaient entre leurs gencives et leurs babines qu'elles se pourléchaient malicieusement. Le débat ontologique sur la mesure de ce qui relève de l'inné et ce qui tient de l'acquisition n'avait plus lieu d'être quand on considérait uniquement ce genre de traînées prospères en récurage de pistons. Cependant, je me demandais, en captant le regard de deux s½urettes en jupe courte de tennis women, si les filles du sud étaient toutes des salopes, et si ce n'était juste qu'une sensation déformée par le relâchement des m½urs en été, en congé, et au cours d'une escapade en station balnéaire. Les Baléares pour se faire trouer l'abdomen à grands coups de verge circoncise, voilà un hobby fort profitable à la formation intellectuelle de ces pousses assoiffées et à la déformation de leurs petits popotins potelés, de quoi raviver aussi la blancheur de leur pistille en se faisant darder par un frelon sévèrement burné et monté comme une turbine de centrale nucléaire. J'avais très envie que nous invitions l'une de ces demoiselles afin qu'elle te gougnota la cramouille, les cuisses bien écartées, les mines épanouies par l'effort soutenu d'une léchouille d'enfer. J'aurais pris une série de photographies de vos fentes huilées offertes comme deux petites cavernes accueillantes. Les catalanes savent sucer, c'est un fait, mais elles savent à plus forte raison aspirer de la moule au kilomètre, tant la prononciation des vocables de leur dialecte a transformé leur langue en vrai chiffon à lustrer, en machine à mastiquer les voiles. Or, c'est une catalane de poids et de taille idoines, de silhouette prodigieusement proportionnée, que je voyais arpenter le bitume fondant du trottoir en le martelant des aiguilles de ses talons carrés, idéales pour identifier les pétasses à la première vibration émise. Je subodorais que l'idée d'enfoncer tes doigts dans une chatte inconnue, plus douce que la peau d'un bébé, tandis que sa propriétaire te nettoierais ton petit domaine en faisant briquer les recoins les mieux gardés, les plus dissimulés aussi, était moins « hard » que de nous aventurer plus loin dans l'esprit masculin. A part te faire sodomiser à sec par une escouade de locaux bourrus et qui ne seraient pas passés par la douche depuis une semaine, je ne vois pas ce qui aurait pu davantage te faire mouiller. Non, un soixante-neuf mielleux et sucré aurait dû redorer ton petit blason touffu.

J'investis le moment très court où tu as choisi de te rendre aux commodités, pour renouer avec la piste de cette somptueuse poufiasse de 22 ou 23 ans, qui avait choisi de tortiller du valseur jusqu'à la plus grande avenue de la Ville. Une fois rattrapée, j'exposais à grands renforts de gestes mon plan à cette banque de sperme ambulante (où réaliser un dépôt était toujours possible), je lui signifiais combien je pourrais être généreux (un dîner et un surcroît de liquidités) en compensation de quelques douceurs prodiguées à mon épouse légitime. Elle fut d'accord pour le dîner mais déclina mon offre de bonus en espèces. Je fus étonné de n'avoir dû employer que deux ou trois compliments bien sentis avant d'emporter l'adhésion enthousiaste de cette étrangère à mon dessein lubrique ; il s'avéra superflu de résumer notre situation de couple, tant cette grande perche d'au moins un mètre quatre-vingt salivait déjà à l'idée de faire triquer le mari habité d'une trentenaire qui n'avait pas encore enfanté. Ses yeux brillaient quand elle répondit positivement. Anna qui m'attendait à la sortie du café, le ticket de l'addition réglée chiffonné dans son poing, se demanda ce que je préparais encore. « Anna, voici Cassandra... Cassandra, voici ma merveilleuse épouse dont je t'ai parlée, Anna ». Ma compagne, consternée, piqua un fard, fléchit sur ses jambes, et voulut s'assoir prestement sur les marches d'un abreuvoir antique jouxtant l'établissement qui nous avait servi. Cassandra l'aida à s'installer dans cet endroit plus frais. Les deux femmes se toisèrent sans une once de mépris mais empreintes de la plus intense curiosité. Elles s'échangèrent un mouchoir, passé sous le jet du robinet en terre cuite, qui épongea les tempes, la nuque, et les poignets d'Anna. Cassandra s'empara ensuite de l'étoffe, en lécha avec délectation la membrane torsadée, et en perça chaque maille couturée avec l'extrémité de sa langue. Des terrasses, la jeune fille s'attira les regards avides des mâles, et sans effort provoqua dans l'espace de leurs ternes sous-vêtements une entreprise de durcissement accéléré de leurs chibres assoupis. Anna goûta peu ces élans libidineux assumés et se releva d'un trait, droite comme un i, afin de repartir vers notre hôtel. Cassandra comprit qu'il était inutile, voire suicidaire, de nous suivre. Une fois entrés dans le hall de l'Astoria, Anna sonna le major d'homme. Elle retira les clés de la réception en m'ignorant totalement. Par ce geste, elle me signifiait clairement que mes vacances étaient finies, que les siennes commençaient, et que notre retour à Paris serait précipité.

Trois jours plus tard, et alors que j'avais dû changer d'hôtel pour ne pas attiser la colère d'Anna, nous nous rejoignirent enfin à l'aéroport de Barcelone, après avoir emprunté des navettes distinctes. La tienne était immatriculée de la région Sévillane, tu as payé la course par carte bleue alors que je n'ai sorti qu'un billet pour régler mon chauffeur. Les auvents de la robe parme à imprimés indigo que tu portais s'emplissaient de la brise vaporeuse qui circulait entre la foule des touristes et nous. Plus proche désormais, je frôlai tes joues en y soufflant sans volonté deux chastes baisers inanimés. Tu esquivas le second. La course vers l'enregistrement se profilait. Nous marchâmes en évitant d'empiéter sur le territoire de l'autre. Embarqués et à peine engagés dans l'avion, tu demandas à changer de siège. Mais cette supplique demeura insatisfaite car le « coucou » était bondé par les réservations. Pendant la première heure, tu ne desserras pas la mâchoire, préférant même secouer la tête comme une dératée pour refuser le verre d'eau qu'une hôtesse souhaitait t'offrir aimablement car il faisait excessivement chaud. Inconfortablement assise sur ton siège, ceint dans l'habitacle renforcé de ce charter en direction de Roissy Charles De Gaulle, Terminal T2, tu ruminais distinctement. Tu t'es tournée vers moi avant de me fusiller sur place en écarquillant les yeux, furieuse : « quand je pense que tu m'aurais fait lécher le sexe d'une autre femme ». Brutalement, tu accostas un des stewards, fringant, qui poussait un chariot de plateaux repas et qui atteignait notre rangée de sièges : « vous ne voulez pas que je vous pompe le n½ud ? Paraît-il que je suis une professionnelle selon mon mari ! ». L'employé de la compagnie fut décontenancé à un niveau tel que c'est sa collègue féminine, une sculpturale poupée blonde de type aryen, qui se chargea d'achever la distribution de nourriture lyophilisée en sachets. Plus tard, une fois que tu ais vidé, pendant que je somnolais, le container entier de flacons miniatures de vodka, rhum, cognac, et champagne, mis à la disposition des passagers de la première classe, je t'entendis vociférant comme un daim qu'on abat : « plus c'est gros, plus ça passe ! Allez Messieurs, baissez vos pantalons, c'est ma tournée ! Profitez-en, j'ai un joli dargeot ». Jusqu'au début de la descente à dix mille pieds, je me confondais en excuses auprès de l'ensemble de l'équipage et du personnel navigant. Un couple de lesbiennes, piercing au nombril, et t-shirts boudinés aux couleurs de la « gay pride of Berlin », qui se trouvait encastré dans l'encoignure d'une des portes de secours, m'apostropha quand je voulus me rendre aux toilettes : « faites-taire votre chamelle ! ».

Une fois l'atterrissage assuré, même le pilote était sorti de sa cabine. Je te portais à bout de bras, les bagages à main sur le dos. Tu titubais tellement qu'au contrôle de l'immigration, j'ai crû qu'ils allaient te placer en cellule de dégrisement. Mais tu t'es bien conduite, sans doute pressée de rentrer à la maison pour me faire une scène dont je me souviendrais. A la récupération des valises, alors que le tapis mécanique se mettait en route pour acheminer nos effets, tu t'es mise à fondre en larmes. Nullement abattue, tu pleurais au contraire de rage, en éructant devant deux septuagénaires nimbées Dior du chapeau jusqu'aux sandales de plage : « Mon mari est un co-nnnnnnnnard ! ». J'effectuais une translation pédestre en biais dans le but de te semer et laisser vingt mètres entre toi et moi. Une fois le poste des douanes passé, je pus enfin respirer. Il me restait à héler un taxi, tout en te retenant par les épaules car tu voulais apostropher un groupe d'étudiantes anglaises qui attendait son accompagnateur pour gagner le quartier Latin et la Sorbonne Nouvelle. Tu marmonnais en ricanant : « Perfide Albion, elles vont se faire détruire le fion par des braquemarts géants ».

Revenus chez nous, tu t'es complètement tue. La montée en ascenseur fut héroïque, tu me laissas porter tous nos biens encombrants. Arrivés au palier de notre étage, tu crachas sur le sol alors que Madame Vallier, notre voisine presque centenaire, poussait son déambulateur hors de chez elle, pour sa petite promenade quotidienne autour de l'élévateur. Son auxiliaire de vie, Jeanne, la soutenait et nous salua en se penchant légèrement. La soirée fut polaire, j'optais pour le canapé et un sac de couchage afin d'égayer ta Nuit. Avant de nous coucher, j'entamais le règlement de nos comptes sur le pas de la porte de notre chambre. « Je croyais que tu t'ennuyais, que notre vie de couple avait besoin d'un peu de piment, d'un relief nouveau ». Anna me fixa un bref instant avant que je ne poursuive. Les battants de la fenêtre donnant directement sur le balcon claquèrent sous la pression d'un courant d'air. « Tu te souviens de la soirée fêtant les dix ans de ta boite ? Jocelyn Quiriec t'avait invité à danser ». Elle soupira en croisant les bras, pris une pause, avant de me répondre benoîtement : « Josse ? C'est un collègue ». Oui, « Josse » est un camarade de bureau qui avait montré tellement d'ardeur à l'inviter à l'heure des slow que je me demandais ce qu'elle pouvait bien lui trouver : « Léo, je t'emprunte ta femme, ça ne te dérange pas ? ». Quelle horreur ! J'avais bondi quand j'ai entendu sa proposition et l'emploi maladroit de ce verbe dans cette sentence performative d'une banalité innommable : « je t'emprunte ». Je l'avais houspillé, Anna m'en avait voulu. J'avais suivi Quiriec jusque dans les toilettes des hommes, pour une explication, rude. Là, je lui avais demandé ce qu'il y avait entre lui et Anna. Héberlué, je ne lui ai pas laissé le temps d'émettre le moindre son entre ses dents et sa langue sirupeuse. Je lui ai assené un vif coup de poing dans le bas de l'estomac. Il avait dû saigner intérieurement, un épanchement sans gravité. Le voir se tordre en deux m'avait comblé. « Tu te souviens, donc ? Et bien, même si je n'en suis pas fier, je l'ai frappé ce jour-là ». Anna esquissa un sourire qui se figea avant de s'effacer, puis ses fossettes se lissèrent au coin des paupières quand elle énonça l'accroche d'une phrase interminable pour mon coeur : « je sais. Il a déballé l'essentiel quelques semaines plus tard. Au Sofitel d'Alençon. Tu te rappelles, le séminaire de formation aux “nouvelles techniques managériales” que je devais suivre pendant trois jours, au mois de mars ? ». Mon teint verdit avant de devenir franchement blafard. Haletant, je toussais en attendant fébrilement la suite du récit : « oui, nous avons dîné ensemble, Jocelyn et moi. Il m'a narré ta scène de jalousie maladive ». Anna ne m'avait pas fait part de son dîner avec Quiriec, sans aucun doute pour s'épargner une nouvelle démonstration de mon tempérament qu'elle jugeait possessif, orgueilleux, et exclusif depuis son emménagement dans les murs que j'occupais en tant que locataire. Ceci dit, Quiriec avait bien dû sauter - plusieurs fois, comme on laboure un champ avant de l'ensemencer à la période propice - l'intégralité des nanas potables de son service, celui des ressources humaines. Au préalable, pendant qu'il bûchait à la fac d'Eco-Gestion, il avait dû se faire les femelles des trois étages que comptait l'aile de la résidence universitaire où il disposait d'une mainmise sur un cheptel relativement docile et varié en poids, taille, âge, origine sociale, nationalité, religion... Cela étant, il possédait tous les traits discriminants du baiseur-fou à la queue baladeuse. Un cas incurable, à moins d'user de la castration chimique, une judicieuse invention. Ce qui expliquait mon extrême pusillanimité. « Tu aimes avoir le contrôle sur les choses et sur les personnes ». Si elle avait pu me cogner avec le presse-papier qu'elle avait chiné à mon attention aux marchés aux Puces de Saint-Ouen, peu de temps après avoir fait ma connaissance, elle n'aurait pas hésité. « Qu'une bande d'obsédés se masturbent sur ma peau, cela t'est égal au fond, pourvu que tu l'ais décidé. Mais qu'un collègue s'intéresse à moi, sincèrement et sans autre arrière-pensée que de me faire plaisir, là cela dérange Monsieur ». Elle sortit une cigarette de son paquet acheté la veille de notre départ d'Espagne et se grilla une blonde mentholée, en savourant chaque inspiration. « Tu vois, je ne te cache rien. Mais à quoi bon tout te raconter ? ».

Le lendemain, tu t'es soigneusement maquillée après la douche. Tu as enfilé tes plus beaux atours, avant de te rendre dans la cuisine pour lancer la torréfaction de notre Arabica matinal. D'un regard attentif, tu as détaillé le calendrier, avant de piocher dans le frigidaire, des ½ufs, un pot de confiture de myrtilles, et un yaourt à 0 %. Je m'étais à peine levé, je progressais nu dans l'appartement. Une sonnerie a retenti quand je me trouvais dans la salle de bains. A mon retour, tu as lâché en reposant le combiné du téléphone : « on va se séparer, Bruno. Pendant un bon moment, je ne sais pas combien de temps. Ma mère vient me prendre avec sa clio, elle arrive dans un quart d'heure ». Je craignais le pire mais je ne devinais pas qu'il était sûr à ce point. Combien de fois tu m'as harcelé avant de me persuader de ne pas nous séparer, que nous n'étions pas « les autres », et qu'un break n'aurait rien changé à notre Amour. Je me disais bien que mes parents avaient dû rater une partie de mon éducation sentimentale : mais laquelle ? C'est à cette minute précise où tu as quitté le salon pour aller chercher un grand sac de sport contenant ton nécessaire de toilette et la plupart de tes vêtements propres, que j'ai compris que notre voyage à Barcelone avait été un désastre.
HUMANITE SOLITAIRE
 
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#Posté le lundi 05 septembre 2011 09:41

Modifié le samedi 31 décembre 2011 06:45

Thymus Oriental

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#Posté le dimanche 07 août 2011 12:18

Modifié le dimanche 25 septembre 2011 04:47

CELLULOÏD SANS PREVENIR

Autour de moi, des immeubles rognés par endroits gravitent à l'envers. Les arêtes irrégulières des structures diaphanes des résidences divaguent, noyées sous les crans de mon regard gris acier. Leurs fenêtres encastrées s'enchâssent dans les murs mitoyens. Mes pensées s'assombrissent sous la gaze épaisse de la brume de mes idées. Cela fait bientôt un quart d'heure que j'assiste impuissant, dans cette position, au spectacle effarant d'une civilisation qui se déchire en lambeaux. Des témoins de sexe féminin et d'âge pubère franchissent le décor en allongeant placidement leurs foulées. Elles ricanent en constatant que je me trouve toujours posté au même emplacement que lors de leur premier passage. Je contracte ma jugulaire tandis que les donzelles baguenaudent, minaudant devant le nappage sombre d'un éclair au chocolat déposé magistralement au centre de la vitrine de l'artisan boulanger du café de la gare. Même s'il apparaît légèrement éventé, elles rêvent sûrement d'engloutir ce cylindre mou en une bouchée, puis de s'en disputer âprement les faveurs, en se retroussant l'arrière des babines. Elles planteraient bien les crocs de leurs canines acérées dans ce monceau de crème pâtissière, jusqu'à en faire imploser la chaire.

Une dame d'une cinquantaine d'années, crasseuse sous des vêtements couverts de sciure jaune, les cheveux à la robe feu hérissés par le froid, pousse de toutes ses forces un caddy déviant dans lequel elle a emménagé les restes de sa vie et les couvertures d'un lit du temps où elle possédait une maison avec son mari. Elle se saisit d'une gamelle où exhale une association de viandes avariées récoltées dans les poubelles de grandes surfaces qui ont eu le bon goût de les agrémenter d'un acide de synthèse dont le fumet passera sans désagréments sous les rainures esquintées d'un palais exercé à se priver fréquemment des nourritures terrestres. Toutes les tensions s'apaisent en moi, je vois le sourire songeur d'une petite asiatique de six ans environ qui tient fermement, entre ses doigts, le destin d'un ballon gonflé d'hélium par des vendeurs pakistanais à la sauvette ordinairement parqués au Sacré-Coeur. Ses parents lui demandent de ne pas me prêter attention et surtout de hâter le pas. Au fond, on ne sait décrire avec pertinence l'arythmie qu'à partir de l'instant où elle vous prend. Partout, je scrute en coin les éboulements de lumière et entends, qui me parvient par bruissement, l'ébruitement de la rumeur d'une alarme ou d'une sirène dont je ne saurais distinguer le corps d'appartenance. Elle se rapproche en tout cas. Je sens l'odeur du kebab frelaté qu'un groupe d'étudiants désargentés s'apprête à s'inoculer par fournées, en se tendant les uns les autres des serviettes en papier sur lesquelles il est marqué happy lunch. Mondialement nous avons tous eu beaucoup de chance de vivre de la même façon au moins une fois, je me coucherai moins idiot ce soir.

Le groupe de parole d'un sophrologue réputé attend en rang d'oignon sous l'arcane de la porte cochère de son cabinet. La plupart des sujets affichent une mine réjouie, s'esclaffant à chaque anecdote comptait par l'un d'entre eux. Ces individualités souffrent moralement, elles ne peuvent donc me voir. Ces femmes et ces hommes trépignent sur place en envisageant du dehors la salle où ils s'installeront d'ici quelques instants. Leurs synapses sont exténuées et ils portent des accoutrements mal repassés. Je ne discerne pas les mots qu'ils ingèrent, la déglutition prend du temps. Cependant, je peux encore déceler le feulement subtil du vibrato de mon téléphone mobile de marque Sony Ericsson qui me prévient par intermittences, en expulsant une diarrhée lumineuse par tous ses électrons, qu'Agathe a cherché à me joindre par cinq fois cet après-midi. Il s'agit d'une femme jeune de type caucasien, mesurant près d'un mètre et soixante-huit centimètres, pesant approximativement cinquante-quatre kilos, portant souvent un turban noir qui lui aplatit les raies striées de ses cheveux vers l'arrière, sourit environ trente-cinq fois par jour, ne s'en fait jamais, et achève un troisième cycle en Histoire de l'Art à l'Université de Villetaneuse en Seine-Saint-Denis. Originaire d'Ancenis, elle habite ici où je me trouve actuellement, à quelques sept-cent mètres de notre adresse de rendez-vous, dans un appartement meublé de vingt-et-un mètres carrés de la rue Leroy à Noisy-le-Sec, commune en trompe l'oeil de l'est parisien.

Je l'attendais depuis pratiquement dix minutes, quand je me suis retrouvé soudainement prostré dans le confortable linceul blanc qui est le mien à présent. Lorsque deux individus, agressifs sans a priori, ont déboulé d'une Laguna parme remise à neuf, et m'ont battu à mort avec leurs poings. Je n'ai pu réagir tant le premier coup porté fut violent et heurta de plein fouet ma carotide. Il n'y a pas à dire, les noirs ne savent pas seulement sauter, courir ou danser, ils savent aussi frapper. Le motif de ce déferlement stupide et sourd ? J'avais osé faire remarquer au conducteur, probablement un Antillais, et à son passager, un ressortissant d'Afrique centrale sans doute accoutumé à ce que ses congénères se congratulent à l'aide d'une machette, qu'ils venaient d'érafler tout l'avant de ma modeste clio rouge achetée d'occasion sur un marché en Belgique à l'automne passé et qu'ils allaient nous laisser, ma titine et moi, sans avoir au préalable établi un semblant de constat. J'avais pourtant opté pour le choix raisonné de rester discret jusqu'à ce qu'ils décident de partir. Depuis ce moment je baigne dans le fleuve de mon sang et remonte à la source de mes origines en refroidissant mon corps de minute en minute. Les flots de mon hémoglobine déstructurée, compacts, se tassent dans l'eau croupie laissée par le jus stagnant des sacs opaques vomissant d'ordures ménagères. Je jouis de mes derniers instants dans ce monde en totale déliquescence qu'on appelle toujours « France », malgré tout. De fines particules ovoïdes de celluloïd sont venues s'agréger à la racine de mes cheveux, aux plis heurtés de mon visage, et sur l'intégralité de mes membres supérieurs. Je n'étais en rien responsable de cette situation mais je m'en voulais toutefois.

Je soupire. J'imagine confusément que ce qui s'est passé cette nuit aurait pu vraisemblablement se produire en n'importe quel point de notre territoire et mettre en scène des acteurs aussi variés que la race humaine compte d'espèces identifiables. Primo-adolescent j'avais adoré La case de l'Oncle Tom, puis plus tard la lecture des poésies de Léopold Sédar Senghor m'avait enchanté, avant que je ne m'éprenne des théories de la négritude, mais là je vous avouerai que l'ensemble de ces références m'était devenu subitement complètement étranger. Toutes considérations retenues, je suis heureux de terminer les bras en croix, négligé par un militant nationaliste qui passait par là pour déposer ses tracts dans les boites aux lettres. Il ne s'est arrêté sur le périmètre de ma scène de crime que pour déverser un amoncellement de crachats retenus depuis des heures, près de l'appel à la grève qu'un groupuscule soutenu par Lutte Ouvrière avait stické sur le conduit d'une gouttière. Je suis définitivement fier d'avoir appartenu à une nation hautement civilisée, capable de dompter les technologies d'avant-garde, de participer à la conquête de l'espace, d'assurer le dés-emploi généralisé, mais inapte à faire entrer un médecin dans un quartier qualifié pudiquement de « difficile ». Méthodiquement, il m'est loisible maintenant d'honnir la veulerie sodomite des gens. Je me dis que le monde ne tourne plus rond depuis bien longtemps, mais que désormais il ne tournera plus rond sans moi.

Finalement, en disparaissant de la sorte, si piteusement, en me vidant tel un siphon par le crâne, j'ai fait beaucoup pour le rapprochement des peuples et ai certainement permis aux quidams habituellement pressés, de se faire une autre idée du partage tout autant que de la fraternité. Mon cou porte les stigmates de lacération multiples, traces des passages renouvelés de la lame chauffée de l'opinel que mes agresseurs, avisés, ont manié par saccades comme sur une toile de maître, afin d'embellir, je suppose, le grain de mon enveloppe corporelle. Je fus supplicié, mais mon calvaire n'avait rien de personnel.
Surtout, une fois de plus je m'étais fourvoyé en estimant que si les Allemands nous avaient attaqués par artillerie lourde au cours de trois conflits armés en moins d'un siècle, ce n'était pas pour qu'une fois l'armistice sifflé nous boudions des voitures à propos desquelles il n'était plus besoin d'argumenter quant à la fiabilité de leur tenue de route. En tant que protagonistes, nous avions donc de quoi être déçus. Pareillement, je regretterai de ne pas être sûr que mon décès, précipité et non planifié, n'ait à vrai dire pas provoqué davantage d'incidences que ma naissance sur le déroulement des vies des personnes que j'ai pu croiser. Tout compte fait, le poids de mon âme, au même titre que l'insoutenable légèreté de mon être, ne sauraient décemment rivaliser avec la valeur à l'argus d'une épave en acier trempé.
Au loin, il m'est permis de déceler les mouvements courts et brefs d'un canidé errant hargneux qui déchiquette, telle une harde, les entrailles défenestrées d'un pantin de carnaval abandonné sur le glacis de la devanture d'un foyer d'hébergement. Les billes transparentes qui s'échappent de l'abdomen du jouet continuent de m'ensevelir, plaquées par le vent, tandis que je ferme les yeux progressivement. Il ne me faut pas plus d'une nanoseconde pour effectuer un dernier point exhaustif sur nos vaines existences. Surfeur prédateur, après avoir fait la nique aux zélotes de l'e-exhibitionnisme, ayant déjoué les pièges ardents d'un consumérisme benêt, je ne me rendrai plus à l'abreuvoir, tête basse, pour m'étrangler avec un demi-gobelet de solution cutanée souillée.
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#Posté le vendredi 11 novembre 2011 07:04

Modifié le vendredi 09 mars 2012 13:32

La Mondialisation du Spleen

La question est simple, la réponse est complexe. En réalité, l'Amour n'est qu'une illusion, une mièvrerie que les Elites sociales des différents pays du Monde ont "vendue" par le biais des Arts et des moyens de communication au "petit Peuple". Celui-ci ne pouvant jamais avoir accès à une consommation généreuse de biens et de services, se voit refoulé au rang de doux rêveur ou de midinette. Du coup, une fois le feu de l'Amour éteint (pas cons, les producteurs de soap !), il peut éventuellement rester le reliquat qu'on appelle improprement "amitié" mais qui ne représente en fait qu'un leurre. Mais là c'est nous qui nous conditionnons, en pensant qu'en ayant un cercle d'Amis, on se sentira moins seul et on ne finira pas seul. Ce qui est totalement faux. Ce pis aller, donc, peut exister entre une femme et un homme qui se sont "aimés". S'il y a des enfants, on évite, quand on n'est pas trop idiots, de faire de la casse... afin de protéger leur équilibre et qu'ils s'abreuvent ensuite aux mêmes âneries débilitantes qui débutent avec le Prince Charmant, Blanche Neige, la Belle au bois dormant, etc. Bref, les contes de fées. Ainsi, c'est l'équilibre + général des sociétés dites bourgeoises, ultra-libérales, et foncièrement égoïstes, qui est préservé (les mariages au sein des élites se font sur la raison et des regroupements économiques dans le but de sauvegarder les capitaux accumulés).
La Mondialisation du Spleen
Par conséquent, la frontière entre Amitié et Amour demeure poreuse. D'ailleurs, on remarque souvent (faites un sondage autour de vous), que des femmes et hommes parfaitement sincères, aiment en même temps plusieurs partenaires (qu'ils passent à l'acte ou non... les "sex friends" ne sont nullement une nouveauté, juste un succédané relooké à la sauce ricaine et avalé par les européens, puis les peuples du Tiers-Monde qui veulent aussi en croquer). Au final, ce qu'on a dans la tête, dans le Coeur, et dans la b.... ou ailleurs, se mélangent, de façon ambivalente, au point qu'il n'est pas rare d'entendre son Homme ou sa Femme crier le prénom d'une  autre/d'un autre en plein coït, ou faire remarquer que tel "copain" ou "collègue" de travail est "mignon" mais que "ça n'irait pas plus loin, car je suis déjà en couple". En gros, il y a beaucoup de "refoulé" dans nos sentiments, alors Amour ou Amitié après la séparation, cela reste totalement une question secondaire car déjà réglée d'avance. Il est ainsi fréquent aujourd'hui d'assister au paradoxe d'une base populaire fragilisée (base qui s'étend d'ailleurs socialement vers le haut) parce qu'elle est prise en sandwich entre ces deux populations de plus en plus nombreuses : les familles monoparentales et les anciens couples restés amis qui ne peuvent se décoller et partagent encore des activités (d'où des ambiguïtés et l'affaiblissement concomitant des couples nouvellement formés). Finalement, le couple durable aux partenaires fidèles et sans arrière-pensée est devenu très largement une espèce en voie d'extinction.
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#Posté le dimanche 24 avril 2011 04:06

Modifié le dimanche 25 septembre 2011 04:47

Texture inconnue : cuir humain

Je ne vous souhaite pas d'expérimenter ce que j'ai vécu.
Un jour peut-être, je vous raconterais,
Quand j'aurais mis des mots sur ce que j'ai vu.

Ce que je pense est sans importance.
Ce que je fais parle pour moi.
Vanessa sous Valium,
C'est comme le diable qui aurait pris froid.

Depuis que je mange de la merde je me suis habitué au goût.
Ne t'enquiers pas de ma santé mentale.
Si tu ne dérailles jamais, c'est que c'est toi qui a une faille.
5000 dinars la passe, mieux que Zidane dans un tournoi.
Inès entre les fesses, je déstresse au Sahara.

J'ai usé les semelles de mes chaussures avec cette petite,
Sur des routes où tu ne mettras jamais les pieds.
Je ne pense plus, j'agis, je prends des risques en permanence.
Je pense que Dieu m'a mal fait, il a oublié l'interrupteur.
Bénédicte bourrée d'antalgiques,
Si je meurs, qu'est-ce que ça changera ?
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#Posté le dimanche 15 novembre 2009 17:14

Modifié le dimanche 25 septembre 2011 04:47

L'étoile de David

Un point noir se détache sur le sol. Un corps vivant agite ses membres. Une araignée minuscule se débat. Il lui manque une patte. Je scrute ses mouvements de tête. Je perçois l'air qu'elle repousse en rampant. Son tronc est si fin et fragile qu'on a l'impression qu'un rien pourrait l'emporter. Je n'entends pas un bruit autour de moi. Il faut dire que je suis seul. Dix ans déjà. Un homme entre dans la pièce où je me trouve assis. Il me fait signe, sourit, et balbutie quelques syllabes que je parviens à peine à distinguer. Il m'applique une légère tape sur l'épaule, fraternelle. Mes yeux roulent, oscillent de l'araignée difforme à la lumière du jour qui transporte la poussière dans un faisceau doré et roux. Les volets sont tirés, je scrute la ligne d'horizon en tordant mes lèvres. Sur le mur qui me fait face, un portrait. Celui d'une jeune femme, brune, d'apparence gaie, de vingt-cinq ans environ, le teint mat et le regard radieux. L'homme qui a fait irruption chez moi revient et s'approche avec un plateau. Dessus, il y a une soucoupe de soupe aux poireaux et pommes de terre. Je peux encore sentir les odeurs. Je pense à me lever. Un bruit strident vibre dans toute la maisonnée. Mes cils s'affolent, je ne sursaute même pas. Ma paisible indifférence au monde n'est pas feinte, celui-ci tourne sans moi. Ses circonvolutions me fatiguent. Près de mon lit, recouvert de fils suspendus tels les câbles d'une tyrolienne, se trouve une table de chevet avec un livre et un bouquet de roses blanches dans un vase creux et épais. Il manque de l'eau, des pétales jonchent le drap et la taie de mes oreillers. Soudain, la femme sur la photo se met à courir devant moi. Elle porte une longue robe écarlate, parcheminée à ses extrémités. Ses jambes sont magnifiquement galbées. Je lui tiens la main et elle me devance pour traverser une route étroite. Ses doigts se libèrent de mon emprise, je la couve du regard. Je suis interrompu dans ce qui m'apparaît comme une rêverie. Suite au bruit venu du pas de porte, une femme, grande, belle, les cheveux poivre sel, a capté mon attention. Elle chemine, avec élégance, pour stationner devant moi et s'incliner légèrement. Elle a cinquante ans au plus. Elle attrape mes mains, manquant de tremper le jabot de son chemisier bleu dans mon bol de soupe qui fume encore. Elle essuie mon front avec un mouchoir brodé d'initiales, puis termine le cercle qu'elle a entamé avec le tissu en détourant mes lèvres de l'épaisseur de sueur qui a coulé. Elle me fixe nerveusement. Dans l'ombre de la porte de ce qui est vraisemblablement ma chambre, l'homme jette une serpillère sur le sol, noyant l'araignée pour laquelle j'avais commencée à éprouver une compassion humaine. La femme se met à prononcer des mots, je n'en reçois qu'une partie, je ne sais pourquoi. Elle dit : « David, écoute-moi, tu devrais te débarrasser de tous ces objets. Pourquoi tu conserves le portrait de l'autre ? ». Je secoue la tête, je prends mon air le plus renfrogné. Elle désapprouve. Puis elle joint mes doigts inertes sur ses lèvres, me caresse la joue gauche, et ne peut s'empêcher de laisser une larme s'échapper furtivement, du sommet de ses paupières supérieures jusqu'à la ridule pratiquement imperceptible située sous son nez qui souligne la pureté de ses traits. J'ai une déclaration à lui faire, je me lance. « M... MA... MA-M... MA-MAN ». Elle éclate en sanglots. L'homme qui s'affairait aux tâches ménagères stoppe son action, pose son balai à plat contre le mur, formant un triangle imparfait entre le sol et les étagères d'une bibliothèque. Il nous rejoint et s'attarde sur notre échange, sans rien exprimer. J'ai envie de rire, mais je n'y arrive plus. Ces deux personnes, en visite chez moi, me serrent maintenant dans leurs bras. L'étreinte dure. La poitrine de la femme se soulève sous l'effet de spasmes courts mais intenses, tandis que l'homme la soutient tout en caressant mon avant-bras. Une fois la scène passée, ils quittent la pièce et me laissent seul. Sur l'horloge surmontant le mur porteur, je constate qu'ils sont restés 15 minutes en ma compagnie. L'odeur d'eau de javel a empli la pièce. Je désire sortir instantanément. Avec mon menton j'applique une pression moyenne sur le mécanisme qui enclenche la marche avant de mon fauteuil. Le bouton rouge recouvert de mousse s'affaisse. Je me dirige tant bien que mal, la négociation des virages a nécessité des journées entières de pilotage dans l'appartement. Les chicanes de mon 45 mètres carrés ne me prennent plus en défaut. Au début, je tombais. Le balcon est resté ouvert, je puis y accéder. Une fois installé, je prends le frais en pensant à ma vie. J'ai 30 ans. Sophie ne reviendra plus, elle s'est mariée. Elle n'a pas voulu me faire souffrir et est partie quand les chirurgiens ont pris la décision de me sectionner juste au-dessus des cuisses pour circonvenir le microbe qui dévorait les os de mes jambes brûlées. Un carcinome bénin en gestation. Je suis polyhandicapé mais le sang irrigue toujours mon cerveau, même si mes pensées sont désormais floues. Mon frère et ma mère ne me laissent pas mourir de faim. De mon point de vue, j'observe les vagues retourner les éléments, la mer se déchaîner. Je tire un trait sur mon passé.
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#Posté le lundi 17 janvier 2011 16:28

Modifié le dimanche 25 septembre 2011 04:47

Un modeste texte dédié à tous les Oubliés

En Temps de Guerre


Un bruit rauque dans la nuit. La toux d'un enfant de 10 ans. Il sort de son lit, s'approche de la fenêtre de sa chambre. Pose la main contre la vitre. C'est froid. Il neige dehors. L'enfant se tient les côtes, la tâche qui se trouve sur ses poumons ne partira pas. Il regarde son réveil. Il est 3 h 12 à peine. Il n'a pas dormi. Dans la chambre d'à côté, ses parents. Il les entend qui discutent. Ils parlent de lui, de son avenir. « Et si son état s'aggravait ? », « je ne pourrais pas le supporter ». L'enfant retient son souffle, caresse les boites de médicaments. Des comprimés de toutes les couleurs et un sirop, et un « pschit pschit » comme dit Maman. Il a lu sur la feuille du médecin. « Ca veut dire quoi, Monsieur, pneumonie aggravée avec complications ? ». Le médecin s'est figé dans une expression inquiète. L'enfant n'a pas relevé, il s'est remis à serrer très fort la main de sa mère. On a toujours confiance dans une mère. Trois mois qu'il n'est pas retourné dans sa classe. S'il était contagieux ? avaient demandé les parents des autres élèves. Un d'eux même, avait risqué : « et si... et si on le mettait dans une bulle, il pourrait voir ses camarades dans la cour de l'école ». Silence dans la salle de réunion, regards de désapprobation. Lui, l'enfant, il joue avec ses voitures de collection, une Ferrari Testa Rossa, et une Lamborghini Countach noire. Le matin s'éveille bientôt, et les roues des jouets se prennent dans les replis de la moquette. Cet enfant ne sait pas s'il va mourir ou vivre, il se soigne, c'est tout ce qu'il sait. Les flocons passent devant ses yeux, il s'arrête un instant. Son lit est défait, les couvertures tombent sur le sol. Olivier, passera demain, pense-t-il, c'est mercredi, il m'apportera mes devoirs. J'espère que je les ai réussis. « Alors, tu ne dors pas, toi ? Tu es déjà debout ? ». « Oui, Maman ». C'est un enfant unique, il est beaucoup trop gâté, c'est ce que pensent les voisins qui ne le voient plus sortir de chez lui. Il s'assoit sur le bord du lit, et lève les yeux au ciel. Un filet de lumière jaunâtre traverse le couloir. Sa mère est partie dans la salle de bains, lui prépare ses affaires. Au moment de joindre ses phalanges, une voix interrompt le cheminement de son geste, « Qu'est-ce que tu veux pour Noël ? ». Papa est entré dans la chambre. Il pose une main sur la tête du garçonnet. Sa toux a repris, plus sévère. Une légère goutte de sang s'échappe de ses lèvres. Maman revient qui a entendu la crise se profiler. « Je suis désolé ». « Ce n'est rien, fiston ». Une tâche s'écoule, écarlate, sur la moquette blanche. L'enfant l'observe qui grandit et s'imprègne du tissu. « Je veux un chien pour Noël ». Ses parents sourient puis passent à autre chose. Ils quittent la pièce. « Je veux un chien ». Il y a comme un voile, invisible, qui étouffe sa respiration, en diminue les capacités de 30 %. L'enfant traîne dans sa chambre, un peignoir trop grand pour lui élargit sa carrure fluette. Ses doigts et ses pieds dépassent à peine de son habit. Il croise le regard en boutons de ses peluches : des ours, un lion, une réserve de tigres, deux hippopotames, un panda. Il neige toujours au dehors. Le Vent se lève, et je suis perdu dans les pensées de cet enfant. Et vous me direz que c'est très simple pour moi de plonger dans l'esprit de cet enfant. Parce que cet enfant, un jour... ça a été moi.
Un modeste texte dédié à tous les Oubliés
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#Posté le mardi 28 septembre 2010 23:02

Modifié le dimanche 25 septembre 2011 04:47

INSURRECTION LACRYMALE

Elle parvint à se fendre un chemin à travers la foule, comme une vague hérissée, comme la houle qui se relève enfin. Translucide, dans robe noire fuselée, les rebords de popeline laissant apparaître ses genoux imberbes, magnifiques. Les boucles d'oreille en or que je lui avais offertes pour sa majorité, elle les portait comme une Reine d'Egypte, une Princesse d'Orient. Elle était seule, fort heureusement ; j'eus été maladivement jaloux si un de ses vigoureux admirateurs l'avait accompagnée pour ce rendez-vous que je souhaitais en toute intimité. J'étais intimidé, davantage encore : impressionné. Je la connaissais bien pourtant dans cette configuration : ses grands yeux noirs couleur pierre de jais soulignés par un léger trait de mascara fauve et un bracelet vif argent serti d'un liseré bleu à son poignet. Brillante, talentueuse, orgueilleuse, comme à chacune de nos rencontres, courtes, elle n'avait d'attention que pour moi. « Veinard ! », me suis-je écrié sans crier « gare ! ». Un mètre quatre-vingt pour soixante-six kilogrammes de beauté pure, des bras nerveux comme des leviers de vitesse, les gestes rapides et précis, un ventre plat, des cheveux effilés plaqués sur le côté droit et surmontés d'une barrette rose et d'or blanc avec un papillon symbole qui prend son envol. Décidément, la plus belle femme au monde appartient à ma famille et je l'aime comme un fou, je la vénère comme ma fille unique. Elle s'est assise en face de moi, après avoir tendu sa silfide silhouette comme un arc, vers l'avant, afin de mes serrer dans ses bras moins fins que les miens. Je sentais à peine sa poitrine fluette se coller à mon torse décharné. Elle m'attendrissait instantanément. Les battements de son c½ur, s'accélérant comme les pistons d'un moteur qui surchauffe, je les ai parfaitement entendus ce soir-là.
Elle m'a embrassé sur le front avant de m'observer en silence, longuement. C'est moi qui ne disais rien. Puis, comme son faciès s'agitait dans tous les sens comme pour me supplier, j'ai défait  l'embout du cathéter de ma perfusion, me suis mis à respirer plus sereinement en dépit des tubes étroits qui m'obstruaient la trachée, les bronches, et les narines. J'ai versé une larme furtive, puis j'ai amorcé la conversation : « le cancer s'est généralisé. Comme tu le sais, on ne m'accorde plus que trois mois à survivre. Quarante-cinq ans, c'est pas mal déjà pour un mec comme moi. Le temps, bref, qu'il me reste, je désire le passer dans tes bras ».
Les valves congestionnées par l'hydrogène souillé, je l'ai vue se lever d'un seul bond pour m'agripper. Je crois bien que si un régiment de commandos Marines américains avait souhaité me neutraliser, il se serait montré moins gaillard que la petite. Tout son amour à elle m'a transpercé les poumons, sondé le C½ur, irrigué les artères... pour de bon. Elle m'a littéralement pansé la peau de ses milles baisers, fiévreux et ruisselants de son insurrection lacrymale de presqu'enfant. Toujours aussi curieux, j'ai eu l'audace de tourner l'½il vers son immense sac à main. J'ai observé au moins deux nouveaux scenarii pour la belle et une promesse de contrat pour dix représentations sur la scène d'un prestigieux théâtre parisien, un engagement qui devrait débuter dans huit jours.
La brune incendiaire, sur laquelle tous les hommes clients de ce restaurant avaient scotché leur regard, s'est mise à prononcer ces quelques mots, les derniers dont je me souvienne de là où je me repose désormais : « Djamel, je te considérerais toujours comme l'homme de ma vie ». Les yeux fatigués, délavés, mais en même temps brillants de malice, je rétorquais faussement naïf : « Cependant... tu n'as pas pris un engagement pour les mois qui viennent ? ». Elle : « non, absolument rien, le calme plat comme une mer d'huile ». Elle comprît que j'avais fureté dans l'angle mort de la table où se trouvait posté son bagage grand ouvert offrant au monde le spectacle de ses petits secrets. Bien que mes forces m'abandonnaient, elle a crocheté sa carcasse longiligne vers mon plexus solaire, me contraignant à un effort démesuré dans le but de retenir ses jambes et ses mollets. J'étais aux anges, tandis qu'elle collait son visage sous mon menton : « gamine ! ». Elle s'est mise à expectorer d'un rire très fort, franc, sonore, implacable pour tous les mâles imbéciles surveillés par leur femme. J'ai alors déposé la frêle adolescente qui s'était nichée sur mes cuisses, les pieds en l'air, découvrant de seyants souliers vernis noirs. J'ai dégrafé mes dernières attaches, mes ultimes points de suture, mes attelles de fortune, de malheurs et de pleurs. Un calvaire de dix-sept mois maintenant.
Dans ce qui fut une de mes dernières envolées lyriques, j'ai croisé son regard pour le terrasser gentiment. Ses pupilles café noir se sont noyées dans mon iris sublimé par le gris orage d'un ciel tourmenté un soir de tempête. « Je t'ai aimé instinctivement, depuis le premier jour où je t'ai aperçu. Que tu restes avec moi jusqu'à ma fin me comble comme si j'étais au Paradis. Je n'ai donc plus besoin de me rendre en ce lieu ».
Après une légère pause, j'ai ajouté plein de candeur :
« Tu es belle comme un violon ! ». Imparable. Elle a sourit après avoir esquissé une moue de surprise, plissant ses lèvres douces pour former un léger pincement harmonieux. « Oui, je ne peux pas te comparer à un camion. Tu n'en as jamais atteint le gabarit ».
Immédiatement, elle m'a recouvert de ses bras pour me réchauffer. L'émotion, le lieu, le traitement, ces foutus médocs, les gens qui nous regardaient, qui n'avaient fait que çà durant toute leur existence, durant toute mon existence... je commençais effectivement à éprouver les morsures du froid.
« Rentrons à la maison, je ne me sens pas très bien ».
« Oui, Papa, tu peux compter sur ta petite Sana pour prendre soin de toi ».
« Je sais... je t'aime ».
Soudain, une voix métallique retentît dans tout l'habitacle bariolé de tampons de marques. Mes oreilles se mirent à siffler. Les images disparurent brutalement de l'écran tel un nuage de points qui se dissipe. Comme d'un réveil profond, je me levais en sursaut. « Votre crédit est épuisé, veuillez insérer des billets, des pièces, ou votre carte bancaire ». De peur de brûler l'épaisse pellicule rétinienne qui servait de conducteur au fluide de la machine, je dés-insérais les deux globes noirs graisseux apposés sur mes lobes frontaux et par lesquels les circuits électriques de l'attraction captaient mes pensées, mes réflexes, mes fantasmes, mes mouvements les plus lents, en lisant à l'intérieur des hémisphères de mon cerveau. Avec le maigre montant de ma pension d'invalidité, état déclaré pour cause de « folie douce », je ne disposais pas d'assez d'argent pour un tour de manège supplémentaire dans ce qui ressemblait, par bien des aspects, aux anciens photomatons du « monde libre ». Je tirais donc le rideau d'acrylique et prononçais un « au revoir » dégoulinant d'amertume à l'automate, pour m'extraire douloureusement de l'univers merveilleux où je venais de plonger pendant dix malheureuses minutes. J'étais pathétique, comme toujours. Je cernais du regard la galerie marchande, seul endroit du supermarché où des humains persistaient à intervenir, certes uniquement à titre de consommateurs de services marchands (comme au salon de coiffure et de beauté). L'enseigne, une des plus importantes du pays, transfigurée par ce complexe commandé à distance par réseau, était le théâtre d'une pièce immuable où une cinquantaine de robots (du vigile au magasinier, en passant par le chef des ventes ou les conditionneurs de produits) s'animaient, sans dysfonctionnement, sans panne, sans ralentissement ni grève, pour la gloire du sacre d'une société de surconsommation. J'observais le ballet de ces boites de ferraille floquées du sigle « Carchan » (fusion des noms des deux sociétés qui avaient furieusement copulé en bourse), en songeant qu'à mon âge, 37 ans, et dans l'état délabré où je me trouvais déjà, aucune descendance ne reprendrait le flambeau de mon souvenir. Il s'éteindrait au milieu de cet environnement aseptisé, glacé, insipide, prévisible, et pourtant si peu sécurisé, impitoyable si on en juge par les statistiques d'atteintes physiques aux personnes à l'intérieur des rares zones encore fréquentées par notre race sous-oxygénée intellectuellement. La semaine passée, une femme, la trentaine, avait été prise à partie par une bande de jeunes, molestée, puis séquestrée entre les étales des boutiques virtuelles de bijouterie et de cordonnerie. La victime s'en était tirée avec une belle frayeur et quelques contusions suite aux nombreux coups qu'elle avait reçus au visage et à l'abdomen. Le récit de l'agression n'avait pas été diffusé dans l'édition locale du quotidien régional de presse écrite. Un fait certainement insignifiant en comparaison de ce que l'actualité avait l'habitude de servir au public. Hébété, floué par le réel car imprégné par lui, je posais mes pas sur les flèches vertes dessinées au sol qui indiquaient les issues de secours. Je me repérais au vacarme des messages publicitaires que des transistors hauts perchés crachaient en boucle, je m'en éloignais avec soulagement. Baignant dans les arceaux de lumière aveugles, happé par le sillage de cette traînée blanche de prix martelés, je me mis à pleurer pour protester, un flot déchargeant la nervosité d'un corps atrophié. C'était tout ce que je pouvais faire dorénavant, attendre la mort avec courage.    

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#Posté le mercredi 11 mai 2011 15:17

Modifié le dimanche 13 novembre 2011 00:12

AZOTE PUR

AZOTE PUR





Vous avez sacrifié toute votre existence, vous n'avez pas eu de jeunesse, pas davantage connu de flirt poussé, rien vécu de passionnant en somme. Adolescent puis adulte, vos longues soirées d'hiver ressemblaient à des concours de branlettes en solitaire. Lisa Sparkle surexcitée traquée dans un glory hole ; Kyle Reese grimée en collégienne gobant des manches surdimensionnés jusqu'au point de s'étouffer ; Lorena Sanchez prise en gang bang et se faisant repeindre son intérieur coquet pour mieux se dévider ensuite en creampies par tous ses orifices ; Bella Maria Wolf suçotant de la kalachnikov à qui mieux mieux avant de se faire mitrailler la poitrine à chaudes giclées ; Angel Dark doublée puis triplée par des pervers de premier ordre qui accélèrent au radar en se fiant au son de ses cris gémissants de chatte dont le fion est vigoureusement capturé ; Laura Lion le petit agrandi par des verges turgescentes et pelotée en bonne et due forme ; ou Karen Fisher star sur le retour qui s'envoie son jeune voisin venu lui réclamer de l'huile pour le dîner et qui termine par lui redorer le blason, la petite entrée et l'issue de secours, par exemple ; toutes ces garces de l'artillerie capitaliste du "X" made in US ne conservent plus aucun secret pour vous. A force de pratique, vous êtes devenu un spécialiste du planter de bâton entre deux oreillers. Votre vie est terne, fade, insipide, aussi triste qu'un complet jaunâtre et tâché déniché chez Emmaüs. Rien ne vient adoucir votre quotidien. Vous avez le choix entre devenir SDF à 34 ans, ou Junkie, ou les deux afin de joindre l'inutile au désagréable. Vous êtes une merde vous le mesurez, vous avez tout raté. Votre environnement de travail vous fait vomir, votre logement vous fait vous haïr, vous n'avez pas d'amis car vous ne présentez nullement la moindre once d'intérêt, mis à part votre culture étendue, votre intelligence analytique, et vos nombreux ouvrages qui jonchent les marches d'un escalier en bois parfaitement lustré. Vous incarnez à vous seul la honte de votre famille sur trois générations, tous les espoirs d'ascension sociale se sont lourdement et lamentablement écrasés avec vous. Vous apparaissez comme responsable, mais absolument pas coupable. Toutefois, cette pertinente assertion ne vous consolera jamais. Un jour peut-être vous rirez de tout cela, de votre situation présente ; certainement cela se déroulera un peu plus tard, dans votre tombe, si vos enfants ont pitié de votre repos éternel et concèdent après réflexions que finalement vous le méritez. Pourtant, des kilomètres vous en avez parcourus par milliers à la recherche d'une embauche, d'une faille dans un système si bien rôdé qu'il vous donne le tournis. Vos centaines de mails, vos candidatures spontanées de moins en moins spontanées, vos échanges constructifs aux divers forums de l'emploi (pour les jeunes, puis pour les trentenaires, puis pour les chômeurs longue durée...), vous n'avez pas lésiné sur les moyens. Tout ce que vous avez récupéré, à la volée, c'est un paquet de miettes immondes que même un ragondin crevant en pleine rue ne reniflerait même pas. Vous vous en contentez pourtant car vous vous trouvez en situation de perpétuelle survie. Même si vous fuyez le combat, le combat lui ne relâchera jamais son emprise. Autant vous y faire tout de suite, la mort n'est pas pour maintenant, hélas. Vous auriez pu vous donner un peu plus de mal, gagner quelques positions sociales élevées, rattraper le temps perdu en Thèse. Vous auriez pu ainsi vous acheter une maison, parader dans une voiture moyen de gamme, française de préférence, au bras d'une femme ayant été reléguée à pareil statut que le vôtre. Seulement vous ne résistez plus, les vagues d'alarme se sont succédées, vous ne faites plus que sangloter sur votre sort et sur un magnifique beefteak légèrement périmé, acheté au « Super U » du village d'à côté, mais qui possède toutes les qualités gustatives pour rassasier votre appétit et glisser vers votre estomac comme un douloureux souvenir des chaleureuses tablées familiales. Vos papilles, il y a bien longtemps, un an environ, qu'elles ne dégustent plus rien. Vous habitez encore chez Maman ? Au moins, vous pouvez désormais répondre par la négative à cette perfide interrogation. De toutes les façons, tout est négatif en vous, dans votre vie, dans l'avenir qui se dessine sous vos pieds. Vous puez l'alcool à plein nez, c'est encore beau de se saouler juste avant de vous coucher. Malheureusement vous vous souvenez du vide signifiant qui a peuplé votre journée de la veille, et immédiatement vous vous mettez à pleurer à chaudes larmes en vous remémorant vos dix-huit ans. Vous entriez en fac de droit et vous pouviez baiser les plus belles, mais Sophie N. en a décidé autrement, et du coup c'est là que vous êtes devenus un collectionneur de porno, un accroc. Les revues (« Score » ou « Charnelles »), puis les vidéos VHS (que l'usager précédent n'avait pas pris la peine de rembobiner), en prélude au summum que permet d'atteindre l'accès illimité et gratuit à des images, des scénettes, puis à des productions entières plus salaces les unes que les autres. Vous avez néanmoins réussi vos études, dans l'ensemble, vous êtes un exemple. Vous n'avez pas perdu de temps. A quoi cela a servi ? Aujourd'hui, vous vous faites mousser le créateur, en vous oubliant sur le dossier de votre chaise mal ajusté. Vous travaillez comme assistant à mi-temps dans un bureau d'études. Toute la journée, vous servez des architectes, des ingénieurs, et des géomètres-experts qui vivent la vie dont vous rêviez. Ils prennent du plaisir, vous êtes frustrés. Ils profitent de trois fois plus de pouvoir d'achat que vous, au bas mot. Ils habitent des quartiers résidentiels aux secteurs piétonniers vastes, propres, et croisant sur leur chemin des dizaines de commerces aux couleurs chatoyantes, ouverts jusqu'à 20 heures en semaine et 22 heures les week-ends. Ils circulent dans des berlines noires finement coupées, équipées d'ABS, vitres teintées, airbags et « pouf » à l'avant. Ils partent en vacances aux Maldives sans demander de bon de sortie à personne, dès qu'ils ont remporté un chantier, un projet, ou un appel d'offres conséquent. Vous, vous restez là, à vous coltiner la paperasse de ces Messieurs. Tout cela était vrai jusqu'à aujourd'hui. C'était foncièrement exact jusqu'à il y a 12 minutes. Rappelez-vous. Franck, le patron de l'agence vous a commandé un café en indiquant que vous seriez « bien gentil » de le lui apporter, ainsi que le dossier « Stork » resté en bas sur le bureau d'un de ses plus proches collaborateurs. Vous avez pensé un instant au monologue d'ordre ésotérique que vous avez tenu il y a peu Jean-Claude, un cadre commercial viré de chez « Apple » La Défense, parce qu'il n'avait pas atteint ses objectifs de vente pour la « fête des Pères », après avoir été au top pendant une décennie. A 51 ans, Jean-Claude est philosophe, il sait pertinemment qu'avec son expérience, il ne retrouvera au mieux qu'un emploi d'hôtesse de caisse chez Auchan. Il est handicapé et donc prioritaire si une place se libère dans ce genre d'établissements, il a donc de la chance. Jean-Claude énonça clairement ses idées dans un transport pris en commun qui nous ramenait de Paris Nord vers la gare de Creil :
« quand tu prends un train, notamment un express régional, les gens qui se trouvent à  l'intérieur des wagons n'ont pas tous l'air heureux. Certains, même, s'habillent de gris ou avec des coupes de vêtements strictes. Quelques-uns portent d'ailleurs le même blouson depuis des années. Et quand tu regardes par  la fenêtre du train, au dehors tu vois des centaines, puis des milliers, puis des dizaines de milliers de petites lueurs qui naissent au beau milieu de l'obscurité du matin. Elles représentent les lumières de milliers de familles, 50 000, 200 000, 400 000 individualités qui gravitent autour de la grande ville, et qui sont là devant leur bol de café, l'halogène de leur séjour de 3 mètres carrés allumé, et leur bébé qui crie dans une pièce juste à côté, ils se disent... « mince, encore une journée où il faut aller travailler, je suis déjà en retard chérie ! ». Et comme des petites fourmis, elles enfilent leur habits de labeur pour les usines, pour les bureaux, pour les hautes sphères financières, chacun plongé dans la lecture du journal qui correspond à sa condition sociale, son petit attaché case en cuir, sa sacoche en nylon renforcé pour transporter l'ordinateur à l'abri d'une housse, et des nettoyants lunettes au fond des poches. Elles sont conscientes qu'elles détiennent temporairement un job, qu'il y a 8, 30, 100 larbins aussi compétents qu'elles qui attendent, en recherche d'emploi ou en études, de prendre leur place pour moins cher et avec un patron qui pourra se permettre d'encore plus mal les traiter. Et tu vois ces petites lucioles blêmes tous les matins, les soirs et parfois même, quoiqu'assez rarement, certains midis, et à ce moment précis tu détournes la tête avant de songer « merde... moi aussi ». (un silence) C'est fou ce qu'on peut entasser comme gens dans des cubes qui forment des appartements, puis des immeubles à perte de vue. Ils ne sont pas malheureux pour la plupart, non, du tout ; il y a juste qu'ils ne seront jamais... heureux. C'est tout ». 
 
Quand j'ai tiré à bout portant en plein dans la graisse qui enserre la poitrine de mon patron, à l'aide d'un vieux P357 magnum chromé dont j'avais peur qu'il s'enraye pendant la séquence fatidique, je me suis évidemment souvenu de Jean-Claude. Je l'imaginais près de moi, ses yeux ronds, son crâne chauve, et la bouche ouverte, prononcer stupidement : « pu-taaiiin, c'est grand ! ». Il aurait certainement joui dans son slip, laissant couler un filet blanchâtre de jubilation. Moi, j'ai mis deux secondes à réaliser que j'avais tué mon patron, que son corps sans vie ne rentrerait pas à la maison ce soir. Il n'y avait plus d'employés dans les locaux du bureau d'étude, et pour cause ! A midi vingt-huit, seuls le boss et moi avions décidé (surtout lui) de rester et de sauter le déjeuner. Je savais que Franck irait se remplir la panse, vers quatorze heures, après avoir jeté un ½il furtif sur le dossier auquel j'avais consacré une nuit de recherches sur Internet avec pour objet de fournir les matériaux nécessaires à son collègue, Edouard, que je détestais aussi cordialement pour tout ce qu'il représentait. Une fois son repas pris, Franck pourrait troncher deux pétasses fraîchement nubiles rencontrées en boite le week-end dernier, et se pointer la gueule enfarinée à seize heures pour séjourner dans son bureau jusqu'à 21 heures, à donner des ordres. Sauf qu'aujourd'hui, c'est moi qui prends les clés de la voiture de Franck, qui me rend à son domicile, dare-dare, le toit ouvrant de l'automobile béant sur un ciel bleu immaculé, une ondée pure d'azote qu'entourent de minuscules cumulonimbus parcheminés. Après avoir profité du spectacle d'un Franck médusé, pissant son sang comme une chienne mets à bas, les gouttes pourpres noyant la moquette blanche et épaisse de son bureau, une fois parvenu chez lui je me saisirais d'une bière ambrée de prestige empruntée au frigidaire de ce connard, mettrais les pieds sur l'angle de la table design modern chic de son salon cosy, et materais les programmes débilitants des 172 chaînes que déjecte sa télévision sur un écran 16/9ème ultra-plat d'une largeur diagonale de 114 centimètres, les tympans caressés par les émanations du son HD surround réaliste. Le cul confortablement serré au creux des matelas fermes de cuir brun de son canapé, j'imaginerais la gueule déconfite des sous-fifres de Franck appeler la police, remarquer mon absence, faire le lien, et trembler comme des cuisses de vierge à l'idée que je revienne. A mon procès, je plaiderais l'acte de folie inconsidéré que j'ai accomplis, exprimerais ma désinvolture avec grâce, puis je séjournerais quelques mois en hôpital psychiatrique, avant d'en ressortir blanc comme neige, ceint d'une toute nouvelle identité. Le cerveau pourri d'Alprazolam prescrit à doses éléphantesques, suivi par un thérapeute autant pressé que complaisant, je pourrais alors me faire à nouveau dépuceler dans un travail adapté à mon psychisme, et pourquoi pas obtenir une vie comme tout le monde, même si je sais que c'est trop demander. Une chose est sûre : je suis un résistant. 
 
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#Posté le mercredi 06 avril 2011 10:35

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RE-ESPERANZA

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#Posté le mercredi 11 mai 2011 15:06

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